Le pari américain de Julien

Il y a plus de 20 ans, Julien Thiriet, un Lunévillois, a passé un an à Little Rock dans l’Arkansas. Cette aventure, qui a changé sa vie, est née d’un pari avec sa mère. Récit.

« Désormais, je n’ai plus de frontières », confie Julien Thiriet. Ce Lunévillois, aujourd’hui chef d’une entreprise de BTP en Haute-Saône qui rayonne dans le Grand Est, a tiré de nombreux bénéfices de son aventure américaine. C’était en 2004-2005, il avait 17 ans.

Il est temps de revenir au début de l’histoire. Julien est scolarisé et suit une filière technologique au lycée Héré de Nancy. Sa scolarité ne semble pas vraiment l’intéresser, et encore moins les cours d’anglais, au grand désespoir de ses parents. « Le prof a dit à ma mère qu’il n’avait jamais entendu le son de ma voix. Je vais t’envoyer au bout du monde, m’a-t-elle lancé comme un défi ». Sans se démonter, Julien a juste dit « Cap ! »

Sur ce simple pari, il décolle pour Little Rock dans l’Arkansas dans le cadre du programme d’échanges du Rotary (Youth Exchange Program). Une petite pointe d’angoisse le saisit. Il ne sait pas même tenir une conversation basique. Peu importe, il atterrit dans ce qu’il considère comme la Creuse des États-Unis et finira par rêver en anglais quelques mois plus tard.

L’aide d’une prof de français

La vie est faite de rencontres. La première est plutôt compliquée. « Ma mère-hôte avait 25 ans, l’âge de ma grande sœur », se souvient-il, « les relations étaient difficiles ». Heureusement, sa prof de français, qui habite à côté, le prend sous son aile. « Grâce à elle, j’ai surmonté toutes les épreuves. J’étais au départ le Frenchy, un clown qui ne comprend rien. Je me suis intégré au fur et à mesure ». En 2004, internet balbutie et la visio fait encore partie de la science-fiction. Pourtant, les parents lunévillois restent attentifs à leur fils. « Mon père m’appelait tous les matins à 7h et ma mère m’envoyait un mail ».

Chasse et pêche

Reste un problème de taille, Julien a vraiment besoin d’être accueilli dans une nouvelle famille. « C’est encore ma prof de français qui m’a aidé. J’ai rencontré une famille en or, Tim et Marcia et leur trois enfants (l’aîné était à l’université). Et là, le rêve américain a commencé ».

Julien, qui a grandi à la chasse et à la pêche, accompagne régulièrement Tim dans des virées dans les grands espaces. « Il venait me chercher à la sortie des cours avec le bateau accroché au pick-up ».

Quand les parents lunévillois viennent chercher leur fils, ils n’en reviennent pas. Julien est décidé à ne pas rentrer. Il reprendra néanmoins sa vie, en passant son Bac en France (il l’avait aussi réussi à Little Rock), poursuivant ses études. Les deux familles, qui sont devenues amies, se retrouvent régulièrement à l’occasion d’un mariage ou d’une chasse dans le Montana. « Je vais bientôt y retourner avec mes enfants. Je souhaite leur faire comprendre comment on peut ouvrir son esprit, seul à l’autre bout du monde ».