Pascal PERAN, Gouverneur 2021-2022 du District 1790

Edito

Depuis ma plus tendre enfance, le joli mois de mai est l'une des périodes de l'année que je préfère : arrivée des beaux jours, week-end prolongés, allongement des soirées, premières grandes réunions familiales d'avant celles de l'été pour ne prendre que ces exemples.

En cette année 2022, notre joli mois de mai, qui aurait pu marquer la presque disparition de nos peurs collectives avec la fin de la pandémie, n'est pas habituel. D'abord, il y a moins de "ponts" qu'à l'accoutumée. Ensuite, la période électorale que nous venons de connaitre et surtout celle qui pointe son nez génèrent chez nombre de nos concitoyens perplexité et inquiétudes. La disparition annoncée des grands partis politiques classiques qui organisaient traditionnellement la vie de notre Vème République, la montée des votes vers les extrêmes, l'abstention grandissante et l'augmentation des votes blancs et nuls laissent augurer des bouleversements durables de notre paysage politique institutionnel. S'ajoute à ces inquiétudes la montée de l'inflation et surtout cette guerre qui n'en finit pas en Ukraine.

Permettez-moi de regarder ce conflit meurtrier avec un prisme militaire, celui qui fut le mien pendant près de 40 ans. A l'heure où j'écris ces lignes, je tire trois enseignements majeurs de ces combats.

Le premier, c'est une évidence, voilà le retour de la guerre sur notre continent. LA guerre. Pas les escarmouches contre des bandes de terroristes, certes dangereux, mais faiblement équipés. Il s'agit, depuis le 24 février, de combats de haute intensité entre deux armées lourdement dotées des chars, de l'artillerie, des missiles, des avions, des bateaux de premier rang. Nous nous croyions en paix sur notre continent depuis 77 ans. Ce n'est plus le cas. Lorsqu'un missile russe frappe la banlieue de Lviv, en Ukraine, il tombe à 1 500 kms de notre frontière. On ne l'entend pas, mais ce n'est quand même pas si loin que cela. Je pense que la trop longue période dite des "Dividendes de la paix" est derrière nous et que nous devons réarmer pour nous protéger : si vis pacem, para bellum.

Le second, c'est l'importance des forces morales. Tout le monde avait parié sur l'écroulement rapide de l'armée ukrainienne. Elle tient toujours après plus de deux mois de guerre. L'aide matérielle occidentale n'explique pas tout. Cette armée continue de résister, car elle est soutenue par sa population qui refuse le diktat russe. La nation fait corps avec son armée. Cette capacité de résistance nous rappelle qu'une force militaire ce n'est pas seulement des hommes et des équipements. C'est aussi une doctrine et des forces morales. Sans ces dernières, pas d'outil militaire performant. Or, ces forces morales ne se décrètent pas. Elles existent ou elles n'existent pas. J'observe que notre société se fracture et se divise. Nous avons besoin de retrouver une unité autour de valeurs partagées, sans doute dans un cadre européen au vu de l'ampleur des menaces prochaines qui nous guettent.

Le troisième, porte sur les conséquences désastreuses du mensonge. L'armée de M. Poutine rencontre de sérieuses difficultés. Les objectifs initiaux ne sont pas atteints et elle peine à conquérir les territoires qui étaient théoriquement acquis à la cause russe. Je vois dans ces difficultés des raisons structurelles, liées aux faiblesses des unités militaires russes en matière logistique et d'organisation du commandement. Mais j'y vois aussi les conséquences de la peur du haut commandement russe. Il n'a pas osé dire la vérité à son chef qui pensait que Kiev tomberait en trois jours. Mensonge également des généraux vers leurs subordonnés. Ces appelés regroupés dans les semaines précédant l'invasion pour des manœuvres et des exercices se sont retrouvé du jour au lendemain engagés dans une vrai guerre contre leurs cousins ukrainiens sans connaître, et donc partager les buts de ce conflit qu'ils ne comprennent sans doute pas. Le mensonge, les non-dits et la peur de parler sont des maux qui peuvent avoir de lourdes conséquences.

Alors, maintenant, que faire ? Je ne sais pas car les réponses ne sont pas de mon niveau. Je pense néanmoins que chacun d'entre nous doit regarder cette situation en face. Avec trois questions à se poser.

Les humains que nous sommes, tout d'abord : peuvent-ils rester indifférents face à la souffrance de la population ukrainienne et celle grandissante de leurs voisins immédiats polonais, roumains et moldaves qui font ce qu'ils peuvent pour les aider ? Ma réponse est NON et je suis heureux et fier, en qualité de Rotarien et de dirigeant de "faire ma part" tel le colibri bien connu qui apporte sa petite goutte d'eau pour aider à éteindre l'incendie. Je remercie celles et ceux d'entre vous qui me suivent sur cette voie par vos dons en argent et / ou votre temps. C'est notre part d'humanité qui s'exprime, bien au-delà de la simple notion de Service, au cœur de notre ADN rotarien.

Les citoyens que nous sommes également, ensuite : doivent-ils réfléchir aux conséquences possibles de ce conflit ? Ma réponse est OUI. En gardant en tête cette citation de Romain Gary : "Le patriotisme, c'est l'amour des siens, le nationalisme, c'est la haine des autres". Le Général de Gaulle avait fait sienne cette citation avec des mots différents pendant son combat contre le nazisme.

Les électeurs que nous sommes aussi, enfin : peuvent-ils apporter leur pierre à l'édifice ? Ma réponse est OUI, en allant voter et en prenant sa part de responsabilités. Ni l'abstention, ni le vote blanc ou nul ne sont des solutions. Il faut protéger la démocratie et la faire vivre en exprimant son opinion. Lors des dernières et récentes élections, n'oublions pas qu'en choisissant le prochain Président de la République, nous allions en même temps désigner le Chef des armées. Cette question n'a guère été abordée pendant la campagne.

Alors, en attendant les prochaines respirations électorales du mois de juin, continuez à vous protéger, à protégez les autres et faites-vous vacciner ! Certes, la pandémie s'éloigne, mais continuons à la tenir à distance.

Bien amicalement,

Pascal Péran
RC Metz Rive gauche
DG 21/22 1790