Metz vient d’accueillir 246 Ukrainiens. Ils ont été embarqués à bord de bus spécialement dépêchés en Pologne par la Métropole messine. A l’arrivée, parmi toutes les associations et responsables présents, notre Gouverneur et une poignée de Rotariens. La concrétisation d’une opération de très grande envergure initiée par les 18 districts de France pour venir en aide à ce peuple victime de la guerre.

« De grâce agissons groupés » a plaidé Pascal Péran , le Gouverneur à la faveur d’un Zoom réunissant plus de trente responsables du 1790, de manière à faire le point sur l’action engagée par le Rotary en faveur des Ukrainiens qui fuient leur pays. Car s’il est évident qu’ensemble nous seront plus forts et efficaces, l’élan du cœur porte beaucoup d’entre nous à vouloir agit dans sa propre sphère. Quitte à agir en ordre dispersé. Le Gouverneur a voulu ce Zoom pour faire le point sur l’initiative de mobilisation engagée par les dix-huit districts de France, qui ont confié à leur homologue 1790, la mission d’être le coordonnateur. La somme des défis auxquels nous sommes confrontés dans cette crise est telle, qu’un peu de méthode sera un bon ingrédient. Il ne suffit pas d’amener en France, il faut aussi, accueillir, loger, prendre en compte, traiter les questions administratives, nourrir et accoutumer des personnes en sidération dont la vie s’est d’un seul coup d’un seul effondrée sous les assauts de l’armée russe.

Le premier axe de la stratégie du Rotary concerne l’hébergement des personnes. L’appel qui a été lancé dans le District a, d’emblée, permis de satisfaire à trouver un toit ou une famille aux 246 arrivants à Metz. En trois jours, les Rotariens ont apporté 30 réponses offrant une capacité d’accueil de 200 places et un Rotarien de Colombey les deux Églises met à disposition un hôtel de cent places.

« Ce qui me fait le plus mal au cœur est de constater à quel point ces personnes ont tout laissé derrière elles » confie Pascal Péran. Femmes, jeunes femmes surtout avec des enfants et des bébés –beaucoup de bébés- mais aussi de grands anciens, telle est la sociologie de ceux que les bus Schidler ont débarqué au Palais des sports de Metz. Ils ont immédiatement trouvé sur place de quoi s’habiller grâce aux dons et aux vestiaires des associations et à se prendre en charge eux-mêmes. Car après 20 heures de bus et des jours d’errance en Ukraine, l’hygiène avait été mise de côté.

Une lourde responsabilité

D’entrée de jeu, 130 de ces arrivants nantis d’un titre de transport gratuit ont mis le cap sur une destination qu’ils avaient en tête en partant de chez eux. Grâce à l’accueil mis en place par les services de l’État, de la Ville et des services sociaux ils ont pu être répertoriés et ainsi effectuer leur entrée en France dans les règles. Ces réfugiés-là peuvent aussi désormais travailler s’ils trouvent un point de chute. « Ils peuvent aussi déposer la demande d’asile, mais le Gouverneur prévient, une telle demandé a des conséquences juridiques : ils ne pourront plus rentrer dans leur pays d’origine. » Prudence donc sur ce terrain insiste Pascal Péran, qui en profite pour remercier tous les Rotariens qui ont répondu présent. Le Gouverneur a noué le contact avec le CIP-France-Ukraine, qui constitue « le point d’entrée » pour tous les Rotariens engagés dans un hébergement. A ce propos Pascal Péran insiste « Ne vous mettez pas en première ligne, car héberger une famille est une responsabilité. Une lourde responsabilité et cela a un coût. Sur place à Metz, le CCAS peut répondre à vos attentes et surtout limitez la durée de l’hébergement à un mois, pour des raisons d’affect ». Le CCASS peut aider à la rotation des hébergés. Il ne faut pas non plus négliger l’obstacle de la langue et en particulier celui de l’écriture, qui peuvent être une vraie entrave à l’insertion. Les caractères cyrilliques n’ont rien à voir avec les caractères latins et si Google translate peut à la marge épauler les échanges, plus globalement un fort et soutenu accompagnement des hébergés devra être assuré. Le Gouverneur réserve aussi des moyens pour venir au secours des hébergeurs ou des associations qui s’épuiseraient.

Une ligne de fret sûre

Si cette première vague d’arrivées messine a trouvé à satisfaire ses besoins initiaux, le drame Ukrainien promet d’accroître l’exode et Pascal Péran invite les Rotariens à continuer de proposer des hébergements. « La vraie question étant ensuite de savoir ce que ces personnes voudront après. Certains avaient un projet ailleurs et se sont déjà mis en route ; certains autres ne savent pas quoi faire ; d’autres encore sont incapables de sortir de leur sidération » rapporte Pascal en réponse aux interrogations de Patrick Vilain. En sens inverse, la mobilisation des Rotariens a permis d’amasser des stocks de médicaments, de denrées, d’habits, de secours. Pour les acheminer, l’idée de grouper est encore la plus performante. Au départ de Metz sur la zone de Frescaty, une liaison a lieu deux fois par semaine. Il suffit de prendre contact avec le Gouverneur qui fera le lien avec l’entrepôt en question, les logisticiens se chargeant de l’acheminement. Sur le terrain financier, les 18 districts ont déjà mis sur la table plus de 70 000€. Si une partie de ces moyens reste entre les mains de chaque district, près de 46 000€ sont à disposition du coordonnateur qu’est notre Gouverneur.

Il a déjà engagé 18 000€ pour réaliser un point de passage dans le secteur d’Odessa et à travers « Shelter box », il va mettre à disposition de très nombreuses familles ukrainiennes les moyens de la survie. Dix-huit de ces conteneurs partent. « Nous ne voulons pas alimenter de fonds avec les dons des clubs et des districts, mais répondre concrètement aux besoins en soutenant des projets en échange de factures. » Le lien s’est aussi noué avec le président du Rotary de Lviv, dans l’Ouest de l’Ukraine. La personne dispose d’entrepôts aptes à recevoir nos expéditions, sécurisant ainsi l’accès aux destinataires. Une fabuleuse mobilisation a saisi l’ensemble des mille Rotary clubs de France et leurs structures et les initiatives fusent de tous côtés. Mais comme le réseau n’est pas une ONG et qu’il s’inscrit plutôt dans le moyen terme face aux conséquences d’un conflit qui n’a pas fini de déclencher ses misères et souffrances, cette mobilisation va devoir demeurer. D’où l’instauration d’un Zoom d’échange mensuel. L’Ukraine meurtrie est dans le cœur des Rotariens.

Gilbert Mayer