Le rapport sur l’état de l’Europe en 2020 doit se lire à l’aune du traumatisme engendrée par la Covid en Europe.

70 ans après la déclaration Schuman, le rapport sur l’état de l’Europe en 2020 doit se lire à l’aune du traumatisme engendrée par la Covid en Europe.

Le 9 Mai est la Journée de l'Europe. Elle concerne tous les citoyens de l'Union européenne, car elle célèbre la déclaration prononcée le 9 mai 1950 par Robert Schuman. Ce jour-là, cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, propose à l'Allemagne et au-delà aux autres pays la création d'une organisation européenne, dont la vocation serait de mettre en commun les productions de charbon et d'acier. Il lance ainsi l'appel fondateur de la construction européenne et la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Lors du Conseil européen de Milan en 1985, les chefs d'états et de gouvernements ont décidé d'instituer le 9 mai comme « Journée de l'Europe ». On s'en souvient chaque année depuis 1986.

La 14ème édition du rapport Schuman sur l’Europe offre une vue complète de l’Union européenne au moment du 70ème anniversaire de la Déclaration Schuman.

L’année 2019 a vu le renouvellement de la plupart des institutions européennes, et la Commission, présidée par Ursula von der Leyen, première femme à exercer cette fonction, se veut géopolitique, numérique et verte. Ces priorités résisteront-elles à l’ampleur de cette crise mondiale inédite du coronavirus et permettront-elles à l’Europe de rebondir et de se relever face à cette nouvelle séquence ? L’Union européenne entre à l’évidence dans une période charnière de son histoire. Cet ouvrage propose 33 cartes originales et un ensemble inédit de statistiques commentées.

Covid et Europe : Le pouvoir de la peur

Avec le virus s’est répandue la peur. On la sait piètre conseillère et cause de mille maux. L’histoire nous l’enseigne ; la science politique nous en préserve. Pourtant c’est bien elle qui a entraîné la mise sous séquestre de la moitié de l’humanité. L’Europe toute entière s’y est, un moment, convertie. Mais a-t-elle été bien uniforme et l’est-elle vraiment dans la sortie de crise ? L’Italie s’est rallié la première à la méthode chinoise, terrifiée par l’ampleur de la contagion qui a frappé la Lombardie. Mais elle l’a fait pour tout son territoire, montrant ainsi un goût insoupçonné pour un centralisme que n’osait même pas l’Empire du Milieu.

Elle a vite été suivie par la France, l’Espagne, puis bien d’autres, avec des régimes privatifs de liberté d’une incroyable sévérité. Depuis la « Mort noire » (1346) et la « Peste de Marseille » (1720), qui ont durablement contrarié la démographie européenne, la pratique des « billets de santé » et des passeports sanitaires n’avaient plus cours. Ils sont réapparus.

Mais tous les états membres de l’Union n’ont pas réagi de la même manière. S’ils ont à peu près tous privilégié le vain repli national, à défaut de parapluie européen commun, les voies qu’ils ont suivies diffèrent selon le degré de confiance dans les gouvernants, l’efficacité de l’appareil d’état, le niveau de consensus social et politique.

Les pays en mal de confiance en ont rajouté dans la transparence, augmentant ainsi dangereusement l’angoisse des citoyens, bercés du soir au matin par des statistiques de décès. De surcroît, ils s’en sont remis aux scientifiques, qui n’ont pas cessé de se déchirer pour décrire comment combattre un virus qu’ils ne connaissent pas. Enfin, ils ont voulu montrer qu’ils agissaient en imposant de sévères mesures de contrainte, dont les parlements n’ont pas vraiment délibéré, ajoutant à l’insatisfaction et à l’inquiétude pour les libertés. Les états membres dans lesquels les politiques publiques fonctionnent de manière plus harmonieuse ont été à la fois plus modestes, moins vocaux et beaucoup plus efficaces. Dans ces pays, l’action des pouvoirs publics associe généralement, sans a priori, le public et le privé qui s’épaulent. Elle organise une saine concurrence, y compris dans le secteur de la santé. Elle ne craint pas le débat entre autorité centrale et pouvoirs décentralisés. Ce sont des régimes où le pouvoir est volontairement divisé, partagé systématiquement tant au niveau national que sur le plan local. Le résultat en est très positif en temps de crise. Ces sociétés sont plus apaisées, n’aiment pas le conflit et s’efforcent de toujours rechercher le consensus. Leur relative paix sociale et politique devient alors un bien précieux. Car ces qualités et ces défauts n’ont rien à voir avec les divisions nord-sud ou est-ouest de l’Europe. Elles relèvent des institutions de chaque pays, de leurs traditions, mais aussi de la modernité de leurs débats politiques. Cette diversité a donné une fois de plus une mauvaise image de l’Europe, décidément peu portée à l’unité et à la solidarité. Pour affronter les crises de cette nature, les Européens seraient bien inspirés d’y regarder à deux fois. Ces différences nationales ont démontré que nos gouvernements ne sont plus en mesure de résister seuls et durablement à ces peurs. La sortie du confinement en désordre aura un prix qui s’ajoutera à celui d’une crise économique provoquée par les réactions nationales à la peur. Peur des gouvernants d’être critiqués voire jugés, peur des administrés d’être contaminés.

Certains ont suspendu les libertés dans des proportions dont rêveraient bien des régimes totalitaires : les parlements effacés, la faculté d’aller et venir empêchée, la vie sociale interrompue, l’activité économique suspendue. Pour d’autres, plus contraints par leur histoire, leurs constitutions et leurs lois, la pression de la peur n’a pas été moindre ; elle les a poussés à fermer les frontières et à cultiver un discours quasi-nationaliste qu’ils savent contraire à leurs intérêts. Or, les démocraties européennes ont toujours privilégié et garanti les libertés individuelles qui font partie de leur identité. Ensemble, elles peuvent disposer d’une force plus tranquille et plus raisonnable, mieux à même de compter dans le grand jeu des puissances qui luttent pour la suprématie. Agir ensemble, au niveau européen, autour d’institutions communes en phase directe avec les citoyens, les aurait plus facilement libérés de la peur, leur permettant d’agir vraisemblablement avec plus d’efficacité, mais surtout avec plus de mesure. Les citoyens auraient alors pu s’approprier davantage cet espace politique dont la principale vertu doit demeurer celle de ne rien céder de ses principes aux peurs et aux fantasmes.

Texte de Jean-Philippe Guiliani, secrétaire général de la Fondation Robert Schuman

La 14ème édition offre une vue complète de l’Union européenne au moment du 70ème anniversaire de la Déclaration Schuman. L’année 2019 a vu le renouvellement de la plupart des institutions européennes, et la Commission, présidée par Ursula von der Leyen, première femme à exercer cette fonction, se veut géopolitique, numérique et verte. Ces priorités résisteront-elles à l’ampleur de cette crise mondiale inédite du coronavirus et permettront-elles à l’Europe de rebondir et de se relever face à cette nouvelle séquence ? L’Union européenne entre à l’évidence dans une période charnière de son histoire.

Le Rapport Schuman sur l’Europe, l’état de l’Union 2020 est l’ouvrage de référence pour les décideurs européens, qui rassemble les contributions des plus hautes personnalités et des meilleurs experts. Ces textes ont été arrêtés au mois de février, ce qui n’a pas permis aux auteurs de prendre en compte toutes les secousses provoquées par le Covid-19. Mais leurs analyses et leurs propositions s’inscrivent dans un temps long et demeurent d'une brûlante actualité. Cet ouvrage propose 33 cartes originales et un ensemble inédit de statistiques commentées.