« Partir comme ça de chez moi, laisser tout derrière, avec un compte à rebours d'un an, ça change beaucoup et ça m'a demandé beaucoup.​ Cet échange m'a permis d'être un peu indien.​

Officiellement, je n'ai pas de nationalité indienne mais, au fond de moi, j'ai une sorte de carte d'identité. Une carte d'identité qui dit que je peux manger des piments crus, prendre un train en m'accrochant à l'extérieur tellement il est bondé, demander mon chemin en hindi dans un bidonville, ou danser dans la rue, synchronisé avec 500 personnes, pendant un festival religieux.
 
Au long de cet échange, on m'a donné la chance d'être proche d'une culture extrêmement différente. Mais encore fallait-il s'approprier cette culture, et je ne dis pas que tout a été facile. Il m'a fallu m'ouvrir mentalement et physiquement à toutes les différences qui pouvaient me plaire ou non. Depuis le début de mon séjour, je remplis chacune de mes semaines le plus possible pour ne pas me laisser le temps de penser à ce qui me manque (famille, amis...et viande !). Pour cela, je me suis fait de nombreux amis, dont beaucoup sont indiens. J'ai essayé de m'impliquer dans tout ce qui m'était possible, et de ce point de vue, le Rotary propose une mine d'activités. Je suis membre d'un club Rotaract, j'essaye de passer le bac indien, j'apprends l’hindi, le yoga, la méditation, l'hindouisme.
 
C'est en abandonnant le confort de mon pays d'origine, il me semble, que je me suis ouvert à mon pays d'accueil, qui m'en a donné deux fois plus. Avec du recul, on se rend compte que c'est seulement en se séparant de sa vie en France que l'on apprend ce dont on est vraiment capable. Et j'ai encore beaucoup de chemin à faire. Je skype avec mes parents une fois par semaine, pas plus. En ne m'appelant pas tous les jours, ils m'ont fait comprendre une chose importante, que j'étais assez fort, et ça m'a donné des ailes.
Cela m'arrive de me demander pourquoi je suis si heureux de vivre ici, quand je croise dans la rue un touriste européen qui se plaint de tout au bout de deux jours de séjour. Et je pense que c'est parce que, justement, nous ne sommes pas des touristes, mais des voyageurs un peu spéciaux, des jeunes du Rotary Youth Exchange, et on est là pour un an. Le cadre est très strict (je n'ai pas le droit de rentrer plus tard que 22h ou dormir ailleurs même exceptionnellement, et même dans une famille indienne), mais à l'intérieur de ce cadre, on a toute latitude pour découvrir, et là, c'est à nous d'en faire le maximum.
Les temples du Sud de l'Inde, le Festival des cerfs-volants de Surat ou le Festival de Ganesh sont des images que je n'oublierai jamais. Je rêvais d'assister à une conférence Ted à Paris, et c'est à Mumbai que je l'ai fait. Je voulais un pays émergeant, j'ai trouvé bien plus que cela : une vraie philosophie de la vie, une façon de se contenter de 3 fois rien, et une organisation étonnante. Dans les quartiers pauvres, les gens manquent de tout, mais ils s'épaulent, ils produisent de l'artisanat, et ils arrivent même à exporter! Je sais maintenant ce que je veux étudier en rentrant : les relations internationales et le droit. Nous avons sûrement plein de choses à apprendre d'un pays comme celui-là. J'espère faire un sujet vidéo là-dessus en rentrant.
Je crois que cette année, j'ai fait un beau voyage, et que je vais retourner, plein d’usage et raison, vivre différemment le reste de mon âge. Merci infiniment pour cette aventure ».
Charles TERROILLE
 
Depuis plusieurs dizaines d’années, le Rotary club d’Epinal participe à l’action « Echange de Jeunes » c’est-à-dire, comme chacun le sait, qu’il envoie, pour une durée d’un an, un lycéen dans un pays étranger et accueille, en retour, un jeune étranger pour une durée identique. Le principe est, pour chacun, de découvrir un nouvel environnement, de nouvelles habitudes familiales, culturelles et sociétales, d’apprendre une autre langue. Autrement dit partir pour s’enrichir au contact des autres, et au-delà favoriser les échanges entre les peuples et œuvrer à la paix. Les expériences sont inégales et les retours d’expériences parfois décevants, mais d’une façon générale, chaque partant et chaque arrivant revient ou repart extrêmement satisfaits, remplis de souvenirs glanés au sein des familles d’accueil, des établissements scolaires fréquentés, des rencontres avec d’autres jeunes étrangers accueillis par d’autres clubs. Pour autant leurs témoignages restent rares ou par trop anecdotiques, lorsqu’il ne résume pas à une année de vacances et de liberté passée hors du cadre familial. Celui de Charles TERROILLE, ce jeune Spinalien accueilli par le club de Mumbai West (Inde), qui, chaque mois, nous relate, toujours avec la même ferveur, son enrichissante expérience, méritait, à ce titre, d’être diffusé.
Charles KRAEMER,
RC Epinal