Lorsque j’ai déposé ma candidature pour le poste de Gouverneur du District 1790 en 2018, nul n’imaginait qu’une crise sanitaire mondiale surviendrait.

Lorsque j’ai été élu Gouverneur en 2019, nul n’imaginait qu’un jour le confinement et les restrictions de libertés perturberaient en profondeur nos modes de vie. Lorsque je suis devenu Gouverneur élu en 2020, nul n’imaginait que la crise durerait aussi longtemps, au point qu’aujourd’hui, elle semble paraitre sans fin.

Tous les past-Gouverneurs consultés m’ont vanté les bienfaits des séminaires de formation organisés par la Zone et ceux dispensés pendant l’Assemblée internationale de San Diego, en soulignant leur apport principal : les rencontres avec les autres, au niveau mondial s’agissant de San Diego. Premier changement concernant ma promotion de Gouverneur, la date : au lieu de janvier, l’Assemblée a été repoussée en février. Pas grave. Deuxième changement, le lieu : au lieu de San Diego (Californie), lire Orlando (Floride). Pourquoi pas ? Troisième changement : pas de « présentiel », tout en « distanciel ». Comprendre en visio-conférence. Du jamais vu ! C’est ainsi que ma promotion (Maurice Duperrey - RC Paris - qui fut le premier, et à ce jour, le seul Président français du Rotary international) a été formée exclusivement en E-Learning et par Zoom. Quels enseignements retirer de ce mode pédagogique ? Je les classerai en trois familles.

Sur le fond tout d’abord.

La qualité des enseignements délivrés est remarquable, les écrans n’ont pas été un obstacle pédagogique. La visio-conférence permet également les échanges de bonnes pratiques, d’autant plus que notre promotion a pris l’habitude de se réunir très régulièrement par Zoom depuis le premier confinement. Nous avons beaucoup appris les uns des autres en comparant les modes de travail de chaque District.

Sur la forme ensuite.

Les réunions par Zoom ne peuvent donner plein effet, que si elles sont préparées, ordonnées, conviviales et limitées dans le temps. Ce fut le cas en juillet 2020 pour les formations préliminaires au SFGE (GETS) dispensées par la Zone et celles du SFGE proprement dites, en octobre. Ce fut moins le cas pour la séquence CODIFAM de novembre.  Un ordre du jour détaillé permet à l’auditoire de se préparer à une écoute studieuse. L’annonce d’une durée (2 heures est un maximum, sauf à prévoir une pause) et surtout son respect par un « Maître du temps » qui recadre les intervenants dépassant leur crédit, sont indispensables. L’usage du tour de table et des séquences de questions permettent d’aérer la séance. L’apport de présentations type PPT est bien évidemment un plus.

Sous réserve de ne pas en abuser (le PPT ne doit pas être la « béquille de la pensée ») et surtout de maitriser les manipulations du « partage d’écran ». Ce n’est pas compliqué, mais il est préférable que les primo intervenants ne découvrent pas lors de leur première prestation devant un public exigeant une technologie nouvelle. L’entrainement initial est indispensable. La non-maitrise d’une projection en mode présentiel renvoie en général une mauvaise image de l’orateur. En mode distanciel, c’est dramatique, l’orateur pouvant très vite perdre ses moyens.

A propos du niveau d’acceptabilité de ces pratiques numériques pour finir

Une séquence de formation de plusieurs jours, initialement prévue en présentiel et remplacée par une série de visio-conférences, a pour conséquence première de créer de la frustration, du fait de se voir privé d‘un voyage et de la joie d’être ensemble avec nos conjoints, pour partager un bon moment de convivialité rotarienne.

Se pose ensuite la question de savoir comment transformer un séminaire de trois ou cinq jours en séquences Zoom de deux heures chacune, sans créer un agenda numérique type « Overdose ». Plusieurs formules ont été jouées. Pour le SFGE, deux séances par semaine durant trois semaines. Ce rythme est bien passé. Pour l’Assemblée générale de février 2021, deux séances par jour, un jour sur deux, pendant 10 jours !! Je crains que ce soit trop long. On verra… Se pose également la question de la « superposition » des visio-conférences. Car tout le monde y prend gout ! Nous sommes de plus en plus sollicités : au plan professionnel, associatif, familial même. Il faut prendre garde à ménager son temps et son agenda, pour ne pas terminer ses journées, épuisé par des réunions numériques trop nombreuses et trop rapprochées.

Avec juste un téléphone à cadran

Pour conclure, je dirai que la visio-conférence est maintenant entrée dans nos mœurs sous la pression sanitaire. Je suis à peu près certain que le monde d’après ne sera plus exactement comme celui d’avant. Il nous faudra bien évidemment reprendre nos joyeuses réunions traditionnelles lorsque la crise sanitaire le permettra. Mais devrons-nous TOUT refaire en présentiel ? Je ne le crois pas. Je crois plutôt à un mix. La visio-conférence évite les déplacements à faible plus-value, donc permet des économies de temps et d’argent. Ceux qui jouent les cassandres m’objecteront que la visio tue la convivialité. Mais qu’ils admettent avec moi que cette technologie nous permet aujourd’hui de conserver le lien à tous les niveaux et de sauver le Rotary. Imaginons cette pandémie il y a 30 ou 40 ans. A part le téléphone à cadran, de quels moyens nos anciens auraient-ils pu disposer pour tenir dans la durée ? Quelles conséquences, un silence de plusieurs mois, aurait pu avoir sur le Rotary ? Dans quel état en serait-il sorti ?  Autant de questions auxquelles je ne peux pas répondre. Mais ce dont je suis certain, c’est que les écrans n’empêchent, ni de Servir, ni la Roue de tourner.

Amitiés rotariennes.

Pascal Péran
RC Metz Rive gauche
DGE 1790