Il s’agissait pour cette finale, de disserter éloquemment sur le bien fondé ou non

Il s’agissait donc, pour cette finale du CE 2019 à l’Espace Lac de Gérardmer,  de disserter éloquemment sur le bien fondé ou non, de lever une « garde suisse » aux frontières de notre langue, pour la protéger des entrées maritimes un peu trop perceptibles. Que celles–ci viennent d’un certain « Brexit Land » que d’un pays où mon Oncle Sam n’a jamais vécu.

Il n’y a jamais vécu, puisqu’en presqu’Acadien, c’est dans  notre lointain pays-cousin du nord américain et plus particulièrement au Québec qu’il a constaté que la détermination à lutter contre ces fortes entrées (méridionales, voire ubiquitaires pour ce continent), prémices d’une tempête est,  là bas, beaucoup plus sensible et développée. Pour lui, bon nombre de Français peuvent en prendre de la graine dans leur mots du discours quotidien, devenu porridge pas encore vraiment anglais, mais déjà loin des côtes françaises, avant de bientôt sombrer en une soupe grisâtre, aussi peu alléchante pour la vue l’ouïe que le goût, nous rendant peu à peu orphelins d’une pourtant bien riche et belle langue, dorénavant perdue. Voilà donc et sans parti pris, aucun, le problème posé. Le sort, convoqué à l’entrée de la fête, a mis en lice l’équipe A, du Lycée Beau Jardin de St Dié pour défendre de cette idée de « garde suisse »  à lever.  Cette équipe a été composée de  Romane ALEXANDRE et Quentin DESMARTIN de Terminale S. Le sort a révélé simultanément que l’équipe B, constituée de Alizée THOMAS et Théotû PERNOT de Terminale ES du Lycée St Joseph d’Epinal, a été la deuxième à entamer la querelle, s’opposant à cette « garde suisse ». Elle a aussi été appelée à conclure la dernière. Le jury composé de  neuf personnes, de Gérardmer, de St Dié et  de Nancy a bataillé bien fort avec ses grilles d’appréciations. (La première épreuve compte dans la note finale pour 60 % et la  Jonquille fait le complément à 40 %.)  Avec fougue et emphase, les équipes ont  forcé le trait dans des tirades où aucun mot français n’a eu droit de séjour. Pire encore, des mots anglais devenus français, tout en perdant leur signification et leur usage d’outre Manche, véritables navires espions de la langue comme le mot « parking » ou des expressions de « galette italienne en pâte à pain » en lieu et place de pizza,  seule incursion italienne dans le tsunami anglais, ont fusé.  Les concurrents ont parlé de l’exotisme peut-être snob ou mondain de certains mots français hégémoniques dans leur secteur, comme « Bon appétit » ou « Rendez-vous ». Le mot « braguette » vient du gaulois (on ne nous a rien dit sur la gauloise et encore moins sur la gauloiserie).  Le vin français, embarqué dans la vague, a fait forte impression en venant appuyer le rayonnement de la France.

Le Rotary a également été cité dans ce rayonnement du français, Merci pour lui, qui à  travers les échanges internationaux de jeunes et même le concours d’éloquence lui-même, se trouve parmi les têtes de pont de la défense de notre langue. Les questions des jeunes de la salle, lentes à démarrer ont chatouillé le bon sens de cette « garde suisse », évoquant à fleuret moucheté, la compétence voire l’âge des membres de l’Académie française de la commission ou du ministère chargé de la francophonie. Mais, comme pour les autres épreuves du CE 2019, le vilain chronomètre est venu interrompre cette belle joute dont la faconde des jeunes auditeurs de la salle venait seulement de démarrer. Dommage.

La jonquille imaginative

Se penchant vers la « boite à Jonquilles »,  l’équipe A a tiré un petit billet portant cette phrase : « Entre la poire et le fromage. Certes, mais si on coupe la poire en deux, vous nous en faites un fromage ? » C’est dans un véritable marché de primeurs que nous avons été conduits avec ces  jeunes, mi-figue, mi-raisin, qui, sans se payer la poire des autres et avec une indéniable  pêche, patate ou banane ont rapidement conclu, sans le moindre marron, ni pêche en pleine poire, dans une pirouette à La Fontaine. Puis est venu le temps de sortir de la boite, la jonquille de l’équipe B: « Et si tous les temps morts, les morts-vivants,  les poids morts et autres espaces morts venaient à ressusciter ce soir. Mais quelle pagaille ! » Si des spectateurs avertis, des professeurs du fond de la salle ainsi que des gens du public ont reconnu qu’ils seraient restés, sur ce sujet aussi secs que le sable du désert, cela n’a pas été le cas de Alizée et Théotû qui, « contre toute attente »  sont parvenus à relier leur jonquille au premier sujet puisqu’ils ont rapidement évoqué les langues mortes qui ont façonné notre langue actuelle avec nos Morts pour le français voire pour la France et qui sont toujours dans notre mémoire par leurs actes variés. Les jeunes nous ont affirmé qu’ils sont bien vivants et qu’ils sont fiers de vivre mais  qu’aucun de ces morts n’est vraiment mort ,car ils viennent, souvent par flot dans nos cœurs et nos esprits mettre une belle pagaille. Les comptes du jury annoncés ont donné :  16,36 /20 pour l’équipe de Beau Jardin  et 15,46 / 20 pour l’équipe de St Jo.  C’est donc sur la tête de  Romane et Quentin équipe de St Dié-des-Vosges que les couronnes de laurier ont atterri et nous les félicitons tout en se tournant immédiatement pour reconnaitre la grande valeur de la prestation de Alizée et Théotû  de St Joseph d’Epinal qui ne déméritent pas, surtout en regard de cette Jonquille si bien vue, épatant la salle et Monsieur Loyal.

P.S.