Fichu virus. A cause de toi, la présidence de mon club s’achève dans le non être physique ou presque.

Fichu virus. A cause de toi, la présidence pourtant prometteuse de mon club s’achève dans le non être physique ou presque. Plus grave encore, la mandature de son successeur s’ouvre sous le signe de l’incertitude. Tout indique en effet qu’il n’y aura pas de passation de pouvoirs et que seul le fait que “la roue tourne“, lui permettra d’être néanmoins président au 1er juillet.  Mais sans tambours ni trompettes.

Fichu virus, qui a déjà voué au Gémonies notre instant majeur de l’année, qui a empêché le District de tenir son assemblée et d’accueillir pour une fois, le président du RI en terre lorraine. Fichu virus enfin, qui a coupé l’herbe sous le pied de notre Gouverneur élu, contraint de renoncer au SFPE, au SFBE, puis de renoncer à plusieurs moutures de son nouveau calendrier ajusté au gré des annonces de confinement. Anticiper et s’adapter sont certes des vertus rotariennes que ledit futur Gouverneur cultive au plus haut point, mais pour lui non plus, il ne devrait pas y avoir de passation de pouvoir. Faudra-t-il expédier les colliers par DHL ? En tout cas de la main à la main, même après décontamination, cela relève de la haute voltige et surtout de ce qu’il ne faut pas faire.

Fichu virus. Tu as cependant plus fait pour la promotion des vidéo-conférences et usages de tous les outils numériques, que toutes les invitations prodiguées aux membres et clubs depuis des années par le District à entrer dans l’ère des NTIC. Etrangement, nous n’avons jamais été autant en contact que depuis la mi-mars. Avant le comité se réunissait une fois par mois. Maintenant c’est toutes les semaines via Zoom. Pas forcément pour délibérer, mais pour le plaisir de se retrouver malgré l’enfermement. Mieux, nous avons ouvert ladite conférence “zoomienne“, à l’ensemble des membres et la greffe semble prendre, puisque la session du mardi est de plus en plus fréquentée.

Fichu virus. Voici que même après la séquence “restez chez vous“, le signal du retour aux activités en vient à nous discriminer. Les verts d’un côté, les rouges de l’autre. Avec à la clé des souplesses dans le premier cas, des prescriptions de l’autre. Quand viendrait-on à devoir passer de l’un à l’autre qu’en serait-il ? Serions-nous alors les pestiférés des uns et des autres ? Outre l’outrage à notre liberté d’aller et venir que dicte cette cartographie coloriée, son côté diviseur de la communauté nationale engendre un sentiment d’oppression. Un malaise. Profond. Plus grave encore, il traduit le manque de courage des politiques, qui au lieu de décider de tracer les personnes infectées et de les isoler, préfère se dé-saisir de cette responsabilité, pourtant efficacement mise en œuvre dans d’autres pays. Après la pantalonnade des masques et les mensonges qui sont allés avec, la ligne semble constante : nous sommes infantilisés.

Fichu virus. Après avoir prélevé son écot de vies par brassées de milliers de femmes et d’hommes, voici que le Covid assèche les finances et met en péril des entreprises. Au-delà des chiffres prévisionnels de la récession annoncée, il faut s’attendre à de durables conséquences sur la pérennité des entreprises et de l’emploi. Sans parler de l’enflure de la dette et des fiscalités qui ne manqueront pas de suivre cet épisode du « quel qu’en soit le prix ». A la crise économique, succédera alors la crise sociale et psychologique. Un nouvel univers de l’après est en train de se composer devant nous, incrédules confinés.

Fichu virus. Il nous empêche de nous réunir alors que le brassage des origines et des femmes et hommes est, à mon sens, la première des qualités du Rotary. Voici les que Rotariens –pour certains, un temps déboussolés par cette privation d’agir- n’ont guère tardé à s’adapter. Ils ont renoué le lien via les systèmes, multiplié les outils de contacts, accru leur communication. D’emblée aussi, ils se sont mobilisés pour répondre à l’immédiat défi : celui des sur-blouses et des masques, voire des visières ou encore des repas en faveur des soignants. Bref, la machine rotarienne bien huilée, toujours prête à servir, a bien bougé sur le coup. Souvent l’imagination a même prévalu et ce n’est certes pas fini. Reste qu’à une encablure de la fin de ce mandat et du début du suivant placés sous les mêmes signes de l’incertitude, les Rotariens s’interrogent.

Fichu virus. Que ferons-nous demain ? Faudra-t-il rester membre ? En avons-nous encore les moyens ? Où en sont nos bénéficiaires ? Le Rotary en chambre est-il de nature à entretenir la flamme ? Nul doute que le Gouverneur de juillet, déjà contraint, de maintes fois remettre sur le métier son calendrier des rendez-vous, qui scandent la vie du club, va se trouver au centre de toutes ces interrogations. Déjà certains imaginent de bousculer le dispositif, les priorités, les conditions à consentir aux membres. Le véhicule après son arrêt forcé,  voit la roue tourner de plus en plus vite. Veillons à ce qu’elle ne s’emballe pas et à faire en sorte que de la contamination de ce fichu virus, résulte un Rotary plus fort, plus humain et sachant fidéliser ses membres autour un projet en phase avec l’après. Le défi est de taille, mais la persistance de notre réseau et de ses valeurs passe par un aggiornamento, afin d’éviter qu’à la pandémie, succède le pandémonium.

Gilbert Mayer