Jour de colère sur les marchés boursiers. Le baril de pétrole affiche une baisse de 23 %, suite à un bras de fer.

Il s’agit d’un bras de fer entre l’Arabie Saoudite et la Russie nous dit-on. « L’énergie est notre avenir, économisons-la » prétend le slogan. Le signal prix renvoyé par ce type d’évènement corrompt un message essentiel. Au moment où se mettent en place en Australie, en Californie ou ailleurs des processus visant à confier à des mécanismes financiers une gestion optimisée de la ressource en eau, ce fait conjoncturel ne peut que nous interpeler. L’eau est notre avenir, économisons-là. L’eau potable est notre droit fondamental, exerçons-le.

Le droit à l’eau potable a été reconnu en juillet 2010 par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU à destinée mondiale, mais avec un souci particulier des pays en développement. L’objectif est d’accroître les efforts pour fournir de l’eau potable, salubre, propre, accessible et abordable, et l’assainissement pour tous. En 2015, 2 milliards de personnes ne disposaient pas d’eau non contaminée et 2,3 milliards d’installations sanitaires élémentaires. Sur ce dernier point, l’Inde, fortement concernée, a lancé un programme ambitieux de constructions de latrines dont les résultats constatés sont probants. La distinction entre eau douce et eau potable importe pour souligner qu’au niveau mondial, 70 % de l’eau douce est utilisée par l’agriculture qui ne nécessite pas d’eau potable. L’économie de l’eau en agriculture est primordiale et commence devant notre porte. Par exemple la culture du maïs irrigué en France doit être analysée du point de vue de sa prédation hydrique. Dans certains écosystèmes, la ressource en eau se reconstitue et la culture peut être maintenue. Dans d’autres cas, elle est négative et il faut songer à d’autres cultures plus économes de la ressource. Ainsi en est-il, sous d’autres cieux, de la culture du coton en zone aride qui a conduit à l’assèchement de la mer d’Aral. Quant à notre consommation d’eau potable, nul doute qu’elle ne puisse être corrigée à la marge quand l’habitat le permet. Les récupérations d’eau pluviale peuvent alimenter avantageusement nos chasses d’eau. Mais à grande échelle le modèle économique de l’assainissement pourrait être impacté. Nos voisins allemands seraient déjà concernés par ce problème : baisse significative des consommations d’eau sur adductions, réduction bien moindre des volumes traités par les stations d’épuration. Faut-il installer des compteurs d’eaux usées, pendant du projet de pesage individualisé de nos ordures ménagères ? Pour certains on se contentera d’augmenter la redevance d’assainissement, c’est moins juste, mais c’est plus simple.

Solidarités

Le champ du droit à l’eau potable ouvre le champ des solidarités entre pays, organisations et associations. En France, la loi Oudin-Santini de 2005 autorise les agences de l’eau et les collectivités territoriales à consacrer jusqu’à 1 % de leur budget eau et assainissement pour financer des actions de solidarité internationale dans ce secteur. Le Rotary, à travers Eau sans frontières internationale (ESFI) est omniprésent du Sénégal à Madagascar (dans ce dernier pays, installation d’adductions gravitaires avec une population impliquée dans les travaux et le financement de l’entretien des équipements).

Géopolitique de l’eau

La conjonction d’une forte démographie et d’une ressource en eau sous tension peut générer des problèmes sociaux dans les pays concernés, voire inter-pays lorsque des projets d’infrastructures remettent en cause de grands équilibres. Les barrages géants à vocation hydroélectrique ou d’irrigation en font partie. Les constructions en cours sur le Mékong ou sur les cours supérieurs du Tigre et de l’Euphrate en Turquie, aussi. Celui qui interpelle le plus est le barrage de la Renaissance en Ethiopie, sur le Nil bleu. Plus puissante centrale d’Afrique (6 000 MW), son impact hydrologique est gigantesque. D’un côté l’Ethiopie, 110 millions d’habitants et un taux de croissance de 10 %. De l’autre l’Egypte, 100 millions d’habitants, dépendante en eau douce du Nil à hauteur de 86 %. Au milieu, le Soudan et ses 43 millions d’habitants. Les enjeux humains sont considérables. Les négociations en cours portent sur la vitesse de remplissage du réservoir et donc la prédation annuelle : pas d’issue en vue pour l’instant. Le monde est complexe, la problématique de l’eau ne saurait y déroger. Des aspects nous échappent et il nous faut espérer en la sagesse des décideurs. D’autres peuvent trouver une solution devant notre porte. La sensibilisation des jeunes qui seront les acteurs et, pour certains, les décideurs de demain, en fait partie. C’est aussi là que nos clubs peuvent agir.   

Yves Fanget

Président élu de Metz Rive gauche