Les uns vantent le bras armé du Rotary. Les autres s’en débarrassent d’une pichenette avec le commentaire : trop compliqué

Mais quelle est donc cette entité qui suscite des réactions aussi passionnelles ? La Fondation du Rotary. Loin de me contenter d’affirmations aussi éloignées l’une de l’autre, j’ai joué les Rotariens de base. Rencontre avec les pairs du District et de la Fondation à Fey, lors d’une séance d’information, afin de m’en faire une idée.

Ca commence par une avalanche de chiffres. Et quels chiffres : 3,4 milliards de dollars collectés et utilisés depuis 1947 ; 1,5 milliard de dollars dédiés à la lutte contre la Polio qui ont permis de traiter 2,5 millions d’enfants ; 40 000 boursiers de 70 pays… Le catalogue pourrait se dérouler durant plus d’une matinée, mais Bernard Thibaut qui a remplacé aux commandes le regretté Daniel Fabbro, délaisse très vite cette avalanche destinée à frapper les esprits, pour se tourner vers le concret. Car devant une assistance qui réunit aux Tuileries à  Fey, la quasi totalité (sauf deux) des clubs concernés par cette piqure de rappel rapprochée, Bernard se veut avant tout pratique. Certes il s’offre le petit plaisir de rappeler que la Fondation du Rotary est classée quatre étoiles pour l’emploi réel des fonds en faveur des actions et œuvres,  indiquant que « 92% des moyens collectés y sont dévolus ». Mais en même temps il embraye sur la subvention districale. Pour pétitionner, il faut être certifié. Pour l’être, il faut d’abord avoir participé au séminaire dédié. Donc tous les présents sont dans les clous. Il leur faut aussi disposer d’un compte bancaire dédié, différent de celui de leur club. Après quoi, si des clubs s’engagent dans une action locale de courte durée, ils peuvent présenter un dossier de demande de subvention districale. Le District 1790 dispose encore de 159 000€ de fonds de la Fondation pour parer aux demandes. « Nous regardons l’intérêt effectif de l’action, mais également si le club est bien engagé au profit de la Fondation » insiste Bernard Thibaut. Dans tous les cas de figure, le dossier doit parvenir aux responsables de la Fondation avant le 31 janvier de l’année. La réponse est formulée par le District en mai et si le dossier est approuvé, l’argent est versé à la rentrée de septembre. Il se passe donc un quasi exercice entre le moment où la demande de subvention et déposée et l’instant où elle est effectivement versé. Cet étirement peut être ressenti comme un surcroit de complexité par les clubs souvent engagés à très court terme avec la nécessité pour un président de finaliser une opération durant son mandat. La quête de la subvention districale doit donc être prise comme une entreprise de longue haleine et dont il faut manœuvrer tous les leviers en temps et heure. D’ailleurs, à propos de suivi, un rapport final d’exécution s’impose, et celui-ci doit être fourni le 30 avril au plus tard. Attention, la non satisfaction de cette exigence de compte-rendu peut engendrer l’obligation de rembourser les fonds. A titre d’information c’est l’équipe qui a conduit l’action qui en reste responsable et le seul interlocuteur dans la profondeur. Pas question d’indiquer aux responsables « je ne suis plus au comité » pour s’en laver les mains.

Soigner le projet, respecter la procédure

Pour monter son dossier, il suffit de se rendre sur le site My Rotary et d’y rechercher l’imprimé nécessaire à la demande de subvention districale. Il faut aussi y joindre un devis précis, ainsi qu’un rapport moral clair et net à propos du projet que l’on souhaite servir. Attention : inutile d’envoyer des explications à propos de l’opération que vous envisagez de conduire pour obtenir les moyens qui vous servirons à soutenir une cause. C’est cette dernière qui intéresse les bailleurs de fonds éventuels. Le dossier complet doit être déposé avant le 31 janvier et l’action doit ensuite être menée durant l’année rotarienne. En clair, il ne suffit pas d’avoir une illumination au cours du mois de décembre de la mandature (encore que) pour arriver tout schuss avec une affaire clés en main prête à être abondée par le District. Non, le message est plutôt organisez-vous, anticipez. Organisé, structuré, construit, le projet, qu’il soit d’intérêt districal ou qu’il ambitionne de mériter une subvention mondiale de la Fondation, doit être bâti pierre par pierre. Tel est le message de Detlev Goetz, qui insiste : « C’est très simple. Il n’y a pas de délais pour pétitionner, mais il faut des résultats durables et à long terme pour que l’action soit reconnue. Elle doit figurer parmi les six axes d’action de la Fondation et nécessiter un minimum de 30 000 dollars. Ce sont les besoins réels des bénéficiaires de l’action qui comptent ». A part cela, le club qui souhaite s’engager, doit bien sûr être certifié, avoir fourni un dossier dument complété en liaison avec le destinataire, il faut s’assurer que le financement sera bien assuré avant de fournir le dossier à la commission. Cette dernière est d’ailleurs à la disposition des clubs pour les aider à affiner leur démarche. Mais il est clair que dans tous les cas, la forme et la procédure doivent être respectées. Faute de quoi l’élimination est d’office, quelle que soit par ailleurs la qualité de l’entreprise. Comme pour la subvention districale, la Fondation exige pour la subvention mondiale un rapport final et un autre tous les douze mois. Ne pas s’y soumettre revient à se voir priver de la subvention sollicitée. « N’oubliez pas de bien caler les besoins avec le destinataire de votre action » martèle Detlev. Bon, c’est compris, ordre, méthode, respect des calendriers et surtout rapports d’étapes sont les indispensables compléments d’une action bien montée et justement calibrée. La subvention mondiale est à la fois un formidable levier –jusqu’à 175% des moyens- mais en même temps un parcours du risque, dont il faut s’employer à éviter tous les couperets. Detlev a conçu et met à disposition des clubs, un tableau de simulation Excel, qui peut vous aider.

Bon voilà, en sortant de là, vous avez la tête pleine, mais aussi la règle du jeu en poche. Il ne s’agit plus de rumeurs colportées, mais bien de données claires et précises, des faits, des actes, des procédures et des délais à respecter si l’on souhaite être éligible. Mais après tout lorsqu’on y rajoute les frais bancaires et les risques de change… tout ceci n’est pas très différent des contingences, dont il faut bien s’accommoder et mieux que cela remplir, si l’on veut gagner un marché. Pour ma part, j’ai rallié Metz les idées claires : D’abord parce qu’en charge de “la Lettre du Gouverneur“, il me faut vous rendre compte de cette matinée placée sous la présidence de notre Gouverneur. Ce que j’accomplis ici. Ensuite, parce qu’en tant que secrétaire perpétuel de Metz Rive gauche, j’ai le devoir d’aiguiller mes futurs présidents (j’en ai déjà épaulé dix) à propos de comment et pourquoi, et avec quelle chance, mon club pourra solliciter une subvention. Donc s’inscrire dans une logique constructive au profit de l’humanité. Mais à moyens abondés.

Gilbert Mayer